Une idylle à Bayonne
La maison où était Mme Hugo appartenait à une veuve qui sen était réservé un étage. Cette veuve avait une fille. Victor avait neuf ans ; la fille de la veuve en avait dix. Mais dix ans pour une fille, cest comme quinze pour un garçon. Elle le protégeait et le soignait.
Quand il y avait un exercice à feu, Abel et Eugène, qui faisaient les grands, comme disait leur mère, ne manquaient pas daller voir la manoeuvre sur les remparts. Victor aimait mieux rester avec la petite fille. Elle lui disait Viens avec moi, je te ferai la lecture pour te désennuyer. Elle le menait dans un coin où il y avait un perron. Ils sasseyaient tous les deux sur les marches, et elle se mettait à lire de très belles histoires dont il nentendait pas un mot parce quil était occupé à la regarder.
La population basque se distingue du reste de ses compatriotes par son extrême propreté. Les paysans y ont lorgueil du linge. Ils portent de belles chemises à manches larges dont la toile est très grosse, mais très blanche. Ils les font laver sans cesse, ce qui fait que les prairies sont couvertes de toiles éclatantes qui parent la campagne, avant de parer les habitants. Mme Hugo, qui aimait peu les voyages et qui, dailleurs, en était lassée, se réconcilia un peu avec eux à la vue de cette nature et de cette propreté. Elle se figura que lEspagne allait être une Biscaye perpétuelle, et elle dit à son aide de camp quelle commençait à croire quelle sy ferait. Le marquis lui laissa cette illusion
In : la biographie de Victor Hugo, raconté par Adèle