A Ré, té...

Publié le par Moris Dia

D’une escapade de deux jours chez des amis rétais purs et doux je rapporte quelques similitudes entre rétitude et basquitude. Sur l’Ile de Ré, les insulocrates estiment qu’il ne resterait qu’entre 125 et 165 hectares constructibles dans les dix villages de l’île, de quoi créer 2 000 résidences, peut-être un peu plus. Sachant que le « restant à bâtir » vaut 750€ le m², l’enveloppe du « restant à se foutre dans les fouilles » dépasse le milliard d’euros ! Bilan : tes questions sur le métabolisme des moules du pertuis n’intéressent plus personne. Le vocable patrimonial est devenu indispensable pour participer à une conversation. Pas eu le temps d’auditer les pages jaunes mais le nombre d’agences immobilières par habitant approche sans doute les records. Naturellement, l’île a voté Sarko à plus de 60%, au service des droits de succession, des déductions d’emprunt, etc : ici, tout ce qui est abattement a valeur de motivation. Tu dis abattement et le moindre buveur de Ricard en sandalettes, tee-shirt sans manches et pantacourt se mue en chef de ghetto chantier.


Les vrais abattus, psychologiquement, sont les rétais de souche (identifiables à leurs chaussettes, pantalons longs et chemises à manches longues) qui se lèvent tôt depuis plusieurs générations,  songent à murer leurs champs de patates, pillés régulièrement, et te déconseillent de bouffer des huîtres, le regard vague : « elles sont un peu grasses ».
Le tableau paraît noir. Tu penses alors que ce n’est pas en 48 h que tu pourras percer le grand mystère du Coefficient d’Occupation des Sols. Mais dans l’intimité des « manches longues », la parole se libère. On te fait goutter une cuvée de pineau sans étiquette. Tu salives. Puis tu sors ta bouteille de Patxaran. Tu glisses une fiole de gelée de piments sur la table. On commence à parler mur à gauche et rose trémière. La confiance s’établit. Les regards brillent. 
Le lendemain, je déambule dans la brocante du village et reconnais un des « manches longues », rencontré à l’apéro. Il me fait signe. Je le suis sans un mot. Il me conduit discrètement dans un dédale de chais et me présente la Chef des réseaux de la résistance locale : « Robe Longue ». On s’échange des adresses de blogs. On parle mur à gauche et rose trémière. Je voudrais des graines pour semer dans tout Bayonne. Je dis Baiona, Robe Longue me répond "Réta" et me remet, malicieuse, des échantillons d’un tout nouvel autocollant. Je le découvre, stupéfait. Sur fond de carte de l’Île de Ré, est inscrit en haut  : TEPARETARAK et en bas, TERETARAKOSSI ! C’est signé  « canal hypocrite », un mouvement naissant de résistance par la dérision. Nous nous saluons et m’engage à les distribuer au prochain « Carnet bayonnais » (c’est ce soir, à Bayonne, à partir de 19h30 au Cinéma l’Atalante) !
[Vocabulaire – Tepa : tu n’es pas. Reta : habitant de l’Île de Ré. Rak : impératif du verbe payer. Ossi : pareil]

Publié dans Politique

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butx 11/07/2007 11:47

Ont du mérite de conserver de l'humour. Celui de Jospin doit être communicatif ...

Mikel 07/07/2007 11:35

Très chouette tout ça, héhé

le plébéien bleu 28/06/2007 17:39

Je n'ai qu'un seul mot à dire : waouuuuuuuuuuh !Ben, peut-être un second quand même : donc, si j'ai bien compris entre les lignes, pour les huitres, hein, le Carnet bayonnais fera régime q:o( ?Super retour quand même, monsieur Dia !A tout à l'heure.