L'art de la paix (2)

Publié le par Moris Dia

Je reviens sur la soirée de vendredi dernier, à Saint-Jean-de-Luz (après quelques péripéties lamentables) où Jean-Pierre Massias, Gérard Onesta et Michel Rocard étaient l'honneur d'AB, dans un débat éclatant d'ouverture et d'espoir. Trois heures de discussions qui ont pesé huit siècles de conflits, à peu près l'âge diplomatique de Michel Rocard, imprenable sur les fueros, l'Edit de Nantes ou l'agenda d'Aristide Briant, dans un style magistral, à la fois patriarche, humaniste, visionnaire et libérateur d'esprit. La paix flottait dans l'assistance. Elle caressait les épaules. Elle déclenchait des râles de plaisir, des sourires profonds, avec la mort dans le viseur, la vie béante et sans Dieu pour faire le menu : juste du sang, de la mémoire et de l'intelligence. Je me suis laissé envahir.
Je livre, ci-dessous, une retranscription écrite (première partie) de l'exposé de Michel Rocard parce qu'il m'a fallu le réécouter quatre fois avant d'en saisir toutes les subtilités ! L’enregistrement est de qualité très médiocre, aussi le texte aidera à la perception, hélas, chié, je ne dispose pas des autres interventions (sauf la fin de Gérard Onesta), toutes aussi brillantes, ni de la séance questions/réponses. La suite des retranscriptions et les fichiers audio correspondants seront téléchargeables dans quelques jours. J’espère qu'une video intégrale sera rapidement visible sur le web : je  suis impatient de revoir Jean-Pierre Massias et Gérard Onesta.
Du coup, je rends hommage à Michel Rocard, l’impétueux pachyderme qui a visiblement mué en ganesh cosmique de la pensée politique, ce que suggéraient parfois les regards de ses deux confrères et de Peio Etcheverry Ainchart, l'animateur de la soirée.
L'auditorium Ravel était comble. Rocard était en grande forme. Il a démarré son discours en basque ! Et l'a conclu en 52' tout rond, juste trois coupes et hop, c’est dans la boîte ! Il faut saluer l'interprète qui était chargé(e) de le traduire : Rocard, en direct et en basque, c'est une performance qui a réduit son CV à une ligne !
Michel Rocard a présenté une réflexion complète de théorie politique sur la résolution des conflits. Il a livré tous les ingrédients de la réussite, sans dicter la recette, soulevant un à un les couvercles, soupesant chaque condition, appelant toujours des commentaires précis sur le sens et l'exemplarité de chaque fait. Du grand art. Du partage d'intelligence. Cet homme sait la paix et élève le niveau général de conscience et d'humanité. Il a la concorde dans les veines et possède en plus un neurone caché de l’expression (à mon avis il est XXE), capable de foudroyer une assistance, encore perchée sur son avant-dernière phrase, par une synthèse éclairante, presque volage, qui déclenche une jouissance immédiate, des rougeurs ainsi que de petits tremblotements ! J'étais là...
Une heure de Michel Rocard vaut quatre ans d'études de basque, de droit et de sciences politiques réunies. Je ne connais pas les dates de sa tournée et je vendrais mon ordinateur pour un abonnement annuel. "Vous n'êtes pas venu pour rigoler", lançait t-il, goguenard, en dévoilant l’articulation de son exposé, en quatre points : 


1. Où en sommes nous et pourquoi ?
2. Les conditions de la paix dans un conflit assymétrique
3. La paix n'est pas la réconciliation
4. Conduire la négociation

 

[Télécharger la retranscription, première partie, en pdf, 120 Ko. Clic droit, enregistrer sous…]
[Télécharger le mp3, première partie, 21’53’’, 20 Mo. Clic droit, enregistrer sous …]

[Télécharger la retranscription de la fin de Gérard Onesta, en pdf, 99Ko. Clic droit, enregistrer sous...]
[Télécharger le mp3, fin de Gérad Onesta, 5,39Mo. Clic droit, enregistrer sous …]

 

[Liens internet associés] :
Le préambule de Nouméa
L’Edit de Nantes

[Bibliographie] : J. Garrisson et M. Rocard, "L’art de la paix", Ed. Atlantica, Paris, 1997.

[Voir aussi] : sur le blog Alda, quelques images de la conférence, montées sur une musique de Gilberto Gil (?).

A l'issue de la conférence, j'ai vu des regards brillants, entendu des exclamations, perçu des poignées vigoureuses. C'était bon. Merci à Abertzaleen Batasuna de m’avoir rendu moins con. Beste bat. Il m'a traversé l'esprit que le prochain débat gagnerait une force en élargissant son organisation à d‘autres. Il y aurait de quoi remplir la salle Lauga à Bayonne ! En attendant, nous irons bientôt voter en France. Cette réunion m’y a magistralement préparé. Le coeur serré, sauf problème majeur, je voterai donc Ségolène Royal aux deux tours, c’est limpide maintenant. La paix n’est pas le chemin, le chemin c’est la paix. 

Quelques jours avant ce débat, le 22 janvier, Michel Rocard, dans les 4 vérités, précisait pourquoi le vote Sarkozy lui paraissait dangereux [Extrait sur dailymotion, à 7’24’’].
«Il aime trop la force, il aime que la police se voit, alors qu’elle travaille bien quand on lui fiche la paix. Et puis sa dernière suggestion me fait grimper aux rideaux, si j’ose dire. Il s’agit de la Nouvelle Calédonie. Il a été difficile de faire la paix là-bas, j’en sais quelque chose, c’est moi qui ait eu la responsabilité d’engager la République dans cette affaire. Il fallait, pour faire la paix, faire tomber beaucoup de craintes et de fantasmes. Et l’une d’entre elles était que la métropole fasse une politique d’immigration voulue pour changer l’équilibre du corps électoral. Mr Messmer en avait écrit la menace. C’est pour ça qu’on a pris l’engagement, qui a été validé par un référendum du peuple français, de bloquer le corps électoral calédonien. Vient, après le deuxième accord, celui de Nouméa, le problème d’intégration dans notre Constitution. C’est une parole donnée. C’est une parole donnée pour compte de paix, authentifiée par un référendum de la France et cautionnée par deux Présidents de la République successifs, Monsieur Mitterrand et Monsieur Chirac. Quand Monsieur Sarkozy propose que la France renonce à sa parole alors qu’il sait qu’elle a été donnée pour faire la paix comme un symbole de paix, c’est à la fois une honte, un déshonneur et un danger » .

DIA

Publié dans Politique

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EAJ-PNB 24/02/2007 12:50

J'invite les lecteurs de ce blog à lire cet article concernant l'art de la paix et de la démagogie.
Dans le dernier Enbata, l'art du mensonge est à son apogée.
voir ici : http://lema.over-blog.net